« Jusqu’où ira le durcissement? » : le PS tournaisien s’inquiète de la situation au CPAS de Tournai
Les règles d’octroi des aides sociales évoluent au CPAS de Tournai. Un changement de cap qui inquiète le PS local, qui dénonce à la fois la méthode et le fond.
Dès cette semaine, un nouveau cadre encadrant l'octroi des aides sociales entre en vigueur au CPAS de Tournai. Présenté récemment au personnel par la présidente Héloïse Renard, en présence d'élus de la majorité mais en l'absence de ceux de l'opposition. Une méthode qui interroge. "Ces lignes de conduite n'ont pas été construites avec les équipes du service social. Elles ont fait l'objet d'une présentation descendante aux travailleurs sociaux", déplore la cheffe de groupe socialiste, Linda Ara. "Celles et ceux qui sont en première ligne n'ont pas été associés à leur élaboration."
Mais au-delà de la forme, c'est surtout le contenu qui crispe. "Ce n'est pas un simple ajustement, c'est un durcissement. On passe progressivement d'un droit - celui de vivre dans la dignité - à un système où chaque demande devient suspecte", poursuit-elle.
Le PS évoque plusieurs situations observées au sein du conseil de l'action sociale. Des décisions qui, selon lui, traduisent un changement de philosophie : recours à des éléments visuels trouvés sur Google Maps pour juger une demande ou refus d'aide au mazout au motif qu'un logement disposerait de double vitrage. "On ne fait plus des enquêtes sociales, mais des enquêtes à charge", regrette Linda Ara.
Autre exemple cité : une personne âgée à qui l'on aurait refusé la prolongation d'une aide familiale, estimant qu'elle pouvait "dégager du disponible en réduisant certaines dépenses. "Pris isolément, ces cas peuvent sembler anecdotiques, mais mis bout à bout, ils dessinent une aide sociale plus méfiante, plus rigide", estime l'opposition.
Parmi les conseillers socialistes, l'avocat Joris Winberg pointe lui aussi un glissement. Il rappelle l'article premier de la loi sur les CPAS, qui garantit à chacun le droit à une vie conforme à la dignité humaine. "On bascule d'une approche centrée sur l'humain vers une logique davantage guidée par les contraintes budgétaires", analyse-t-il.
Lors du même point presse, le PS a également remis en question les chiffres avancés par la présidente concernant l'impact de la réforme du chômage. Sur les 594 exclusions annoncées d'ici juillet 2026, 189 demandes auraient déjà été introduites, dont 140 ont débouché sur un revenu d'intégration sociale. "Nous serons clairement au-delà du tiers annoncé", avance le groupe, qui appelle à davantage de transparence sur le nombre total de demandes et de refus.
Le PS dit intervenir "sur base des prises de position publiques de la présidente", tout en laissant entendre que certains éléments internes renforcent ses inquiétudes. Il pointe aussi "des convergences politiques entre le MR et la N-VA dans l'approche des politiques sociales."
L'opposition espère désormais un rééquilibrage. "À force de durcir, de contrôler et de restreindre, on prend le risque de laisser passer entre les mailles du filet celles et ceux qui ont justement besoin d'aide", conclut Linda Ara.
R.R.